Хелпикс

Главная

Контакты

Случайная статья





De l’Antéchrist



N° 111

De l’Anté christ

 

« En songeant aux tourments qui seront le partage des chré tiens au temps de l’Anté christ,

 je sens mon cœ ur tressaillir et je voudrais que ces tourments me soient ré servé s. »

Sainte Thé rè se de l’Enfant-Jé sus, lettre à sœ ur Marie du Sacré -Cœ ur.

 

Au lecteur, peut-ê tre piqué par ce titre, je ne peux é videmment rien dire sur la date de l’avè nement de l’Anté christ. Sera-ce dans cent ou cent cinquante ans, ou avant ou beaucoup plus tard, nous l’ignorons; et sans doute n’y a-t-il personne sur la terre, à l’heure pré sente, qui sache dans combien d’anné es ap­paraî tra ce personnage mysté rieux, le plus puissant des ennemis du Christ depuis qu’il y a des hommes qui le haï ssent sans raison odio habuerant me gratis (Jo XV-25). Mais cet ennemi est vaincu d’avance. Cependant les in­certitudes sur la date n’enlè vent rien à la certitude sur le fait: il viendra un Anté christ. Plus pré cisé ment le Christ reviendra dans sa gloire pour ressusciter tous les hommes, prononcer le jugement gé né ral, instaurer les cieux nouveaux et, la nouvelle terre, prendre les é lus dans son Paradis, ré duire à une impuissance tota­le, au fond de l’Enfer, les dé mons et les hommes damné s.

Mais, avant cette parousie du Seigneur, se produi­ra l’apostasie universelle et l’Anté christ se manifeste­ra. C’est affirmé dans l’É criture. La tradition chré tien­ne a toujours interpré té cette affirmation [1] dans un sens ré aliste et litté ral, non mé taphorique.

Comment procè dera l’Anté christ? Saint Paul nous l’explique dans la seconde lettre aux Thessaloniciens: « (Le Christ ne paraî tra pas) avant que ne survienne l’apostasie et que l’homme de pé ché ne se manifeste; il est le fils de la perdition, celui qui s’oppose et qui s’é ­lè ve au dessus de tout ce qui s’appelle Dieu ou chose sainte, jusqu’à s’asseoir lui-mê me dans le temple de Dieu, pré tendant lui-mê me ê tre Dieu … Et maintenant ce qui le retient vous le savez, pour qu’il n’entre en scè ne qu’en son temps. Car dé jà le mystè re d’iniquité est à l’œ uvre. Que seulement ce qui le retient jusqu’à pré sent soit é carté et alors se manifestera l’impie, que le Seigneur doit dé truire du souffle de sa bouche et ané an­tir par l’é clat de son avè nement – l’impie dont l’appa­rition se ré alise selon l’action de Satan, par toute sorte de miracles, de signes, de prodiges trompeurs, avec toute la puissance de la sé duction de l’iniquité pour ceux qui se perdent parce qu’ils n’ont pas ouvert leur cœ ur à l’a­mour de la vé rité qui les eû t sauvé s; et à cause de cela Dieu leur envoie des illusions si efficaces qu’ils croient au mensonge, afin que soient jugé s tous ceux qui n’ont pas cru à la vé rité, mais se sont complus dans l’injus­tice. » (II Thessal. 3-13).

De ce texte, qui se complè te utilement par le passage sur les deux Bê tes dans l’Apocalypse, on pourrait pro­poser sans té mé rité, me semble-t-il, l’interpré tation sui­vante: l’Anté christ ré pandra à travers le monde, ou plutô t achè vera de ré pandre – puisqu’aussi bien ce sera l’é poque de la grande apostasie – il achè vera de propager une maniè re de penser qui non seulement s’op­pose à l’É vangile, mais qui le rende sans inté rê t et com­me inassimilable à l’esprit. Il achè vera d’enlever la foi parmi les hommes, parce qu’il s’arrangera pour que la foi vé ritable ne pré sente plus, en quelque sorte, de signification plausible. Souvenons-nous à ce sujet de l’interrogation angoissé e de Notre Seigneur: lorsque le Fils de l’homme reviendra pensez-vous qu’il trouvera encore la foi sur la terre? (Luc, XVIII-8. )

Le systè me de pensé e dont l’Anté christ se fera le pro­moteur effroyable, pour lequel il utilisera des moyens de diffusion inouï s, ne sera pas seulement hé ré tique, car une hé ré sie comme l’arianisme ou le protestantisme se rattache encore à la foi, laisse intacte la notion du Dieu transcendant et de notre destiné e é ternelle. Alors il ne sera plus question de rejeter tel ou tel article du Credo mais bien de laisser à l’é cart le Credo dans son ensem­ble, de sorte que les pensé es et les sentiments de l’homme n’aient plus d’orientation vers quoi que ce soit de surna­turel et mê me de religieux. Dans le systè me de pensé e de l’Anté christ, le Dieu tout-puissant sera fonciè rement é vacué, de mê me que son Fils consubstantiel Jé sus-Christ Notre-Seigneur. Dieu sera ré duit à n’ê tre plus que l’hom­me, la socié té humaine, les multiples transformations opé ré es par l’homme grâ ce aux dé couvertes et aux tech­niques. C’est en ce sens que l’homme de pé ché s’oppose et s’é lè ve au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu ou chose sainte, jusqu’à s’asseoir lui-mê me dans le temple de Dieu, voulant lui-mê me passer pour Dieu.

Il y a encore autre chose. L’action de l’Anté christ ne se caracté rise pas seulement par la propagation d’un mode de penser qui rende les â mes ré fractaires, à toute disposition religieuse. L’idé ologie, pourrions-nous dire, se trouvera lié e indissolublement à un ré gime, un appa­reil de domination, un ensemble de ré seaux sociologiques qui rendront presque naturelle aux hommes, en tout cas trè s difficile à é viter, l’irré ligion fondamentale; les possibilité s de retrouver la foi dans le Seigneur, de reve­nir à l’É glise catholique, apostolique et romaine, seront sur le point d’ê tre ané anties. En d’autres termes, l’irré ­ligion de l’Anté christ ne se pré sentera point seulement comme une espè ce de systè me philosophique ou de gnose enseigné e dans les é coles, imposé e sans que mê me on y prenne garde par les livres, la presse ou la té lé vision. Il y aura certes tout cela et c’est dé jà terrible; mais il y aura beaucoup plus. L’organisation sociale, l’appareil de contrainte seront combiné s de telle sorte que l’irré li­gion imprè gne la vie comme né cessairement, fasse corps, avec la vie. Je dis comme né cessairement, puisque les portes de l’Enfer ne pré vaudront pas nous en sommes sû rs. – Ainsi que je l’é crivais naguè re: le monde sera possé dé du diable parce que le diable disposera d’une puissance d’é garement jamais obtenue jusque là, non parce qu’il sera devenu capable d’annuler les effets de la Ré demption parce qu’il aura ré ussi, dans l’esprit d’une foule de baptisé s, à pervertir les vé rité s de la foi et à les faire oublier, non parce qu’il aura renversé le siè ge de Pierre, aboli toute pré dication orthodoxe ou crevé les yeux des hommes de bonne volonté qui ne dé ­sirent que de voir; – parce qu’il aura permission de nuire jusqu’à l’extrê me, non parce qu’il cessera d’ê tre en­chaî né par le Christ vainqueur [2].

 

En tout cas, c’est à un appareil sociologique sembla­ble à celui dont j’ai tracé l’esquisse que me paraissent convenir les paroles de saint Paul: l’apparition de l’im­pie se ré alisera selon l’action de Satan, avec toute la puissance de sé duction de l’iniquité pour ceux qui se perdent, parce qu’ils n’ont pas ouvert leur cœ ur à l’amour de la vé rité qui les eû t sauvé s. Et à cause de cela Dieu leur envoie une force agissante de sé duction pour qu’ils croient au mensonge.

Vous objecterez peut-ê tre que les dé terminations par­ticuliè res que je propose sur la manifestation de l’Anté ­christ ne sont pas contenues dans l’é pî tre aux Thessalo­niciens. C’est vrai. Cependant il ne paraî t pas excessif de les en tirer si, dans la lecture de ces versets mysté ­rieux, nous sommes attentifs non seulement au texte lui-mê me, mais encore à la vie de l’É glise, notamment aux particularité s actuelles de sa lutte contre le dé mon. Pour interpré ter une prophé tie, qui est relative à l’ulti­me dé chaî nement des forces de l’Enfer, j’essaie de tenir compte de notre expé rience pré sente des agissements du diable. Or que nous montre cette expé rience? Elle nous montre que le diable met en œ uvre, inextricablement mê lé s l’un dans l’autre, à la fois un certain systè me de pensé e et un certain appareil sociologique. On observe cela dans les sectes occultistes et maç onniques, dans le né o-modernisme [3] et dans le communisme. De sorte que si l’Anté christ personnel n’est pas encore venu parmi nous, du moins les organisations collectives sont dé jà en place qui lui fraient immé diatement la voie; elles fonctionnent sous nos yeux sur un plan trè s vaste. Du reste, au sujet du communisme, le Pape Pie XI n’hé ­sitait pas à é crire, voici bientô t trente ans, en faisant une claire allusion au passage de saint Paul sur l’Anté christ: « Nous voyons avec une immense douleur, pour la pre­miè re fois dans l’histoire, une ré volte mé thodiquement calculé e et organisé e contre tout ce qui est divin (II Thessal. II-4. ) »

Aprè s une dé claration aussi autorisé e il est bien difficile de soutenir que notre é poque ressemble à toutes les autres et qu’il n’est rien de nouveau sous le soleil. On doit reconnaî tre au contraire à la suite du vicaire de Jé sus-Christ que, pour la premiè re fois dans l’histoire, le mystè re d’iniquité, qui é tait à l’œ uvre surtout depuis le dé but de l’è re chré tienne, a pris dé sormais certaines mo­dalité s inconnues avant notre é poque. Que l’on observe, par exemple ceci: les doctrines hé ré tiques remontent aux premiers siè cles de l’É glise, mais la né gation publi­quement professé e et imposé e de tout ce qui est divin ne commence pas avant une pé riode ré cente; – de mê me si la tyrannie est de tous les temps, ainsi que l’art de circonvenir les chefs et de les dominer par la flatterie et le chantage, il reste que l’appareil de contrainte sociolo­gique par noyau dirigeant et autorité s parallè les est une invention toute moderne; – enfin l’intrusion dans l’É glise de Dieu de traî tres et de faux-frè res a bien pu com­mencer du temps de saint Paul (II. Cor. XI-26), cependant l’activité au sein de l’É glise de ré seaux clandestins qui la minent de l’inté rieur et qui font couvrir leur en­treprise par des autorité s officielles, une activité à ce point diabolique ne paraî t pas s’ê tre dé ployé e avec quel­que envergure avant le modernisme, continué et aggravé par le né o-modernisme.

Ainsi donc, au sens trè s gé né ral où le diable ne cesse de se dé mener dans le monde on peut dire avec l’Ecclé ­siaste: rien de nouveau sous le soleil. Mais au sens pré cis où le diable, qui n’est pas un esprit sommaire et borné, parvient à perfectionner ses mé thodes il faut dire qu’il y a du nouveau et du pire dans le mal qui se commet sous le soleil.

J’ai parlé des sectes maç onniques ou occultes, du né omodernisme et du communisme, comme forces collectives qui pré parent de faç on directe l’avè nement de l’Anté christ, parce que ces trois organismes, chacun à sa maniè re propre, s’é lè vent au-dessus de tout ce qui est Dieu ou chose sainte et usurpent la place de Dieu. Ces trois puissances malé fiques, annonciatrices de l’Anté christ et qui ne doivent pas s’ignorer entre elles, qui doivent avoir des points de rencontre malgré certaines frictions, ces puissances du diable ne me paraissent pas revê tir la mê me importance ni devoir ê tre mises sur le mê me pied. Le communisme, me semble-t-il, occupe une place privilé gié e du fait de son volume social. Maî tre de la Chine immense, de l’immense Russie, ayant colo­nisé une grande partie de l’Europe et de l’Asie, implanté en Afrique et en Amé rique, possé dant des ré seaux dans presque tous les É tats et presque tous les milieux, il dispose d’une base de manœ uvre considé rable; il a sous la main, université s et diplomatie, armé es et finance et moyens formidables de propagande, bref toutes les res­sources que procure la domination sur deux vastes em­pires. On entrevoit par là quel appoint extraordinaire peut fournir le communisme dans l’é dification de contre-É glise mondiale qui mè nera à terme la grande apostasie et introduira immé diatement au rè gne de l’Anté christ.

Par son volume social hors de pair comme par ce gé ­nie dans l’ordre du mal qui lui revient en propre (et que nous allons é tudier bientô t) le communisme a le pouvoir de porter à leur point suprê me de virulence les procé dé s de maté rialisation et de dé christianisation par­ticuliers aux socié té s modernes.

 

Mais, direz-vous peut-ê tre, é tant donné que pour le moment l’Anté christ [4] ne risque pas de s’inté resser à nous, puisqu’aussi bien il n’est pas encore paru, est-il bien né cessaire de nous inté resser à lui? Ce n’est cer­tainement pas indispensable; et, mê me si nous attar­dons notre pensé e sur ce personnage, c’est avant tout le Christ qui doit nous inté resser. D’autant que le Christ est é videmment hors de proportion avec l’Anté christ et qu’il le domine de toute sa puissance et toute sa sainteté de Fils de Dieu fait homme. Ne commettons pas l’erreur, au sujet de l’Anté christ, de l’imaginer en quelque sorte comme le symé trique, le correspondant homologue du Seigneur Jé sus. Pas de symé trie possible. Le Seigneur Jé sus est le Verbe de Dieu incarné ; son action est toute-puissante, la grâ ce qu’il nous a mé rité e par sa Passion a tout pouvoir sur notre liberté, il ré side à l’intime de nous, plus inté rieur à nous que nous-mê mes et cette pré ­sence, comblante et sanctifiante, constitue une sauve­garde inexpugnable. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et je demeure en lui. » (Jo. VI-57. )

Rien de tel pour l’Anté christ. Sa puissance ne sera pas plus grande que celle d’une cré ature humaine, qui sert d’instrument à un ange maudit, qui lui-mê me n’est qu’une cré ature, malgré sa qualité d’esprit pur. L’Anté ­christ, avec tous ses prestiges et toutes ses ruses, ne pourra s’emparer d’une liberté qui ne consentira pas à lui ouvrir ses portes; il ne pé né trera pas au secret d’un cœ ur qui veut demeurer avec Dieu. Et mê me sans par­ler de son action, c’est dé jà la connaissance du secret des cœ urs qui lui restera inaccessible [5]. Enfin la contre-­É glise qu’il aura é difié e ne dé tiendra jamais une puis­sance de persé cution ni de dé sagré gation assez insinuante ou assez forte pour supprimer l’É glise vé ritable, la dé pos­sé der de sa hié rarchie ré guliè re et de ses sacrements efficaces, la vider de sa charité.

Il faut le ré pé ter, à cause de la pente naturelle de notre esprit infirme à concevoir le mal comme le symé ­trique du bien et l’Anté christ comme l’homologue du Christ, il faut dire et redire que l’Anté christ ne sera sem­blable au Christ ni du point de vue de la puissance ni du point de vue de l’inté riorité, ni du point de vue de l’animation qu’il doit communiquer à l’anti-socié té de son invention.

 

Or l’Anté christ é tant remis à la place qui lui revient par rapport au Verbe incarné ré dempteur, il n’est pas inutile de considé rer de prè s ce personnage de la fin, et plus particuliè rement les organisations qui pré parent son entré e en scè ne. Sachant en effet à quoi nous en tenir sur de telles organisations nous aurons plus de chances d’ê tre immunisé s et d’é chapper à leurs piè ges, qu’il s’agisse des maç onneries, du né o-modernisme ou du communisme. – Mais considé rons de plus prè s le communisme puisqu’aussi bien il paraî t ê tre le plus au point des trois mé canismes infernaux qui pré parent la grande apostasie et l’avè nement de l’Anté christ.

Le lecteur connaî t sans doute les travaux de Jean Madiran sur le communisme et ceux d’Augustin Cochin sur les socié té s de pensé e. Augustin Cochin jeune historien initiateur qui tomba sur le front de la Somme en 1916 comme un centurion é vangé lique. Eh! bien le grand inté rê t, l’inté rê t sans é gal, des é tudes de Cochin comme de Madiran c’est d’avoir mené à bien une analy­se diffé rentielle de ce qu’on pourrait appeler les socié ­té s contre-nature [6].

Ils ont mis le doigt sur le caractè re spé cifique et trè s nouveau du systè me de gouvernement inauguré par la Ré volution de 1789 et porté par le com­munisme à son point extrê me d’horrible perfection. D’au­tres auteurs ont fait la lumiè re sur la psychologie du jacobin ou du bolcheviste; ou bien ils ont scruté le jaco­binisme et le communisme en tant que doctrine (ou plus exactement en tant qu’idé ologie) souvent sans bien voir le rapport exact entre l’idé ologie et la pratique; car l’idé ologie communiste ne commande pas la ré volution à la maniè re logique dont, par exemple, la doctrine chré ­tienne sur Dieu et son Christ commande la morale et la vie chré tienne; au contraire l’idé ologie est strictement asservie à la pratique, modifiable selon les impé ratifs du succè s de la ré volution. – En tout cas, si des auteurs divers ont manifesté des aspects importants et indé nia­bles de la Ré volution et du communisme personne jus­qu’ici, du moins à ma connaissance, n’a dé gagé avec autant de perspicacité que Madiran et Cochin le carac­tè re irré ductible de la domination communiste ou ré vo­lutionnaire, c’est-à -dire l’existence et le rô le de noyaux dirigeants et des autorité s parallè les. Ces autorité s, d’un type spé cial et non juridiquement dé fini, savent s’intro­duire dans tous les groupes et dans les rouages mê me de l’É tat pour les orienter et les ployer à leur bon plai­sir. C’est ainsi qu’en ré gime communiste des groupe­ments professionnels peuvent se former, mais ils sont pé né tré s et manœ uvré s par le noyau dirigeant d’une caste unique et intouchable. De mê me, les groupements religieux, les diocè ses avec leurs administrations particu­liè res, paroisses, sé minaires, œ uvres diverses, ont tou­jours licence d’exister et mê me parfois d’agir apostoliquement, (mais alors dans des limites trè s exiguë s et sous une surveillance odieuse); cependant les autorité s officielles sont doublé es dans les coulisses par d’autres auto­rité s aux mains du Parti, de sorte que le Parti impose continuellement sa contrainte, ses mensonges, son arbi­traire. Il exige d’abord, bien-entendu, que les autorité s officielles observent le silence sur le noyau clandestin qui les mè ne à peu prè s à sa guise; et il dispose de moyens de pression assez considé rables pour obtenir le silence. Du reste il arrive en divers domaines que l’au­torité officielle et l’autorité clandestine soient ré unies dans les mê mes mains. Selon la remarque de Tito, é levé dans le sé rail – « il y a en U. R. S. S. cinq millions de fonc­tionnaires d’autorité et cinq millions de membres du Parti; ce sont les mê mes. » Remarque qui n’est pas tou­jours vraie à la lettre, encore qu’elle le soit le plus sou­vent; mais qui est absolument exacte dans son es­prit. [7] »  

L’é crasement, l’esclavagisme particulier au commu­nismes est bien sans doute celui de la tyrannie et de la terreur; mais c’est la tyrannie telle que peut l’exercer un noyau dirigeant; la terreur telle que peuvent la faire ré gner des autorité s parallè les. Il est beaucoup plus dif­ficile d’y é chapper et le recours est sur le point d’ê tre devenu impossible.

Une socié té fondé e sur les relations normales de la nature ou de la grâ ce, comme la commune, la profession, la patrie, le diocè se, – ayant à sa tê te une autorité visible, connue, juridiquement é tablie et dé finie, – une telle socié té n’est pas forcé ment immunisé e contre l’ar­bitraire et les abus, le formalisme et le juridisme; l’his­toire le dé montre surabondamment, dans l’É tat aussi bien que dans l’É glise, parmi les é vê ques aussi bien que parmi les princes.

Du moins une socié té selon la nature (ou selon la grâ ce) est-elle apte, de par son essence, à servir le bien de l’homme, de mê me qu’elle porte en son sein des ressources vitales pour ê tre amen­dé e lorsqu’elle se gâ te et se corrompt, pré cisé ment parce qu’elle est ordonné e d’aprè s ce qui est le bien de l’hom­me et parce que l’autorité est é tablie selon le droit, dé finie juridiquement. Or, on peut concevoir, en sens contraire, une anti-socié té qui travaille constitutivement au mal de l’homme (encore qu’elle appelle ce mal, pro­grè s, promotion et paix), on peut concevoir une socié té qui ne laisse pour ainsi dire aucun recours à ceux qu’elle a capturé s dans ses mailles. Il suffit de regarder le com­munisme comme il est pour se convaincre que cette anti-socié té, cet anti-gouvernement, existe et fonctionne dé ­sormais parmi les peuples.

Une socié té de ce genre ne se fonde pas du tout sur les relations naturelles [8]: commune, profession, patrie; pas mê me sur une chimè re dé vorante comme la liberté et le progrè s divinisé s des ré volutionnaires du XVIIe siè cle. Le fondement de cette socié té monstrueuse est l’aber­ration radicale du maté rialisme dialectique et de la transmutation de l’humanité par ce maté rialisme. Fondé e sur un principe aussi pervers l’anti-socié té communiste est invinciblement porté e à mettre en place un ré gime, un systè me de domination, qui soit au maximum contre-nature.

La tyrannie classique, c’est-à -dire la volonté d’un seul qui dominerait en dehors de toute loi, pour oppressive et ruineuse qu’elle fû t, resterait encore insuf­fisante pour le mal, pré cisé ment parce que les victimes auraient affaire à une personne ré elle, individuelle, plus ou moins abordable et par là mê me flexible. Mieux vaut, à coup sû r, afin que l’autorité soit assortie à une socié té inversé e, mieux vaut la tyrannie des ré seaux clandestins et des autorité s parallè les. On ré alise alors cette perver­sion intrinsè que dé noncé e par le Pape Pie XI, qui tient aux fibres de la socié té communiste. Alors ce qui subsiste de socié té saine, d’organisation naturelle, est par dé finition et sans trê ve, rongé, corrodé, empoisonné par les autorité s parallè les.

Je songe ici aux ré flexions de Joseph Pieper [9] sur la mondialisation d’un pouvoir pervers comme signe pré ­curseur de l’Anté christ [10], et je suis trè s porté à croire qu’il ne s’agit pas d’un pouvoir classique, serait-ce une tyrannie effroyable, mais d’un pouvoir de type ré volu­tionnaire et communiste. Quand il atteindra le stade de la mondialisation, le systè me du noyau dirigeant et des autorité s parallè les deviendra d’une efficacité prodi­gieuse pour é touffer les â mes et subvertir l’É glise. C’est sans doute par ce systè me de domination, devenu enfin mondial, que seront faits les pré paratifs tout à fait im­mé diats de la venue de l’Anté christ.

Ce que je voudrais surtout retenir c’est ceci: toute socié té dont l’idé al est ré volutionnaire, c’est-à -dire qui porte en soi la haine de l’ê tre et donc la haine des hié ­rarchies naturelles et d’abord de la souveraineté de Dieu, toute socié té de ce genre tend de tout son poids à neutra­liser et fausser l’autorité lé gitime; or le meilleur moyen d’y parvenir c’est d’instaurer des autorité s contre-nature noyau dirigeant, groupes occultes de pression, autorité et polices parallè les.

Par ces considé rations je n’entends pas suggé rer que le communisme se soit é tabli dé ductivement, comme par un processus a priori; comme si les initiateurs bolche­vistes s’é taient dit en eux-mê mes, tout à trac: pour la socié té que nous voulons mettre sur pied et à laquelle le maté rialisme dialectique est consubstantiel, l’espè ce de gouvernement approprié sera le noyau dirigeant; dè s lors nous allons le mettre en place. Semblablement je ne suppose pas que les ré volutionnaires de la fin du XVIIIe siè cle aient raisonné à peu prè s ainsi: puisque nous vou­lons faire naî tre une nouvelle France, qui ait brisé avec la superstition ecclé siastique et avec les autorité s natu­relles et traditionnelles, nous allons inventer le ré gime des socié té s de pensé e et des club, comme é tant le plus convenable pour rendre une vieille nation chré tienne é trangè re à Jé sus-Christ et au meilleur de son passé. Dans la ré alité historique les choses sont plus complexes; elles vont en tâ tonnant, elles n’ont pas la rigueur dé duc­tive du discours. Seulement l’explication dé ductive que l’on fournit aprè s coup permet de mieux saisir la nature de l’enchaî nement des contingences historiques. – Nous voudrions en tous cas, par ces brè ves considé rations, avoir fait entrevoir que le refus du fondement naturel de la socié té, lorsqu’il est porté à une certaine extré mité diabolique, tend à engendrer, et engendre de fait, une hié rarchie de mensonge pour une socié té inversé e: les clubs pour la Ré volution et, pour le communisme, le Parti et le noyau dirigeant.

L’un des points saillants de Divini Redemptoris est de rendre raison du succè s et de la progression du com­munisme; le document pontifical les explique avant tout par le mensonge, par une force iné galé e dans la propagande du mensonge. Or si nous recherchons le foyer secret de cette force sans é gale nous sommes amené s à dé couvrir les techniques nouvelles de domination: noyau dirigeant, autorité s parallè les et clandestines.

 

Or il paraî t difficilement niable que ces nouvelles techniques de contrainte n’aient commencé à s’introduire dans la sainte É glise. Comme le remarquait un auteur avec beaucoup de clairvoyance [11] – « le caractè re é trange de la crise que traverse actuellement la foi chré ­tienne ré side dans la difficulté de faire la lumiè re. Pour­quoi? Parce que l’actuel systè me d’hé ré sie, et plus exac­tement d’apostasie, ou « d’athé isme chré tien » est insé ­parable d’un appareil sociologique qui parvient à de­meurer presque invisible. S’il n’y avait pas dans les bu­reaux … des postes ecclé siastiques importants des auto­rité s parallè les et clandestines solidement incrusté es, pratiquement intouchables, assez puissantes pour se faire craindre et obé ir » comment s’expliqueraient de maniè re satisfaisante les progrè s du teilhardisme, le succè s des interpré tations dé formantes de Vatican II et mê me le dé ferlement de cette litté rature infecte qui repré sente une sorte d’é rotisme catholique?

De son cô té l’abbé Louis Coache notait la similitude des procé dé s entre le né o-modernisme et le commu­nisme. « On y trouve mê lé s disait-il, (dans l’un et l’au­tre) les objectifs dé voilé s et les fins secrè tes. Les objectifs dé voilé s (dans le né o-modernisme) ce sont: aller aux hommes, faire comprendre la liturgie … faciliter la pra­tique religieuse … faire l’unité et propager la paix. Les fins secrè tes correspondent à une volonté satanique, la volonté de sé parer les É glises de Rome, laï ciser les insti­tutions sacré es, mettre l’homme et finalement Satan à la place de Dieu. – Seuls Satan et un certain nombre de ses suppô ts connaissent les fins secrè tes. Tous leurs ouvriers, militants d’action catholique, aumô niers, curé s et vicaires foncent de bonne foi et avec ardeur vers ces fins secrè tes, croyant sincè rement qu’ils travaillent pour une meilleure orthodoxie … L’une des techniques les plus en vogue et les plus sû res du lavage de cerveau, c’est la ré vision de vie. La ré vision de vie correspond aux sé ances d’endoctrinement des pays communis­tes [12]. »

A ces diagnostics accablants il ne paraî t pas que l’on ait opposé, jusqu’ici, un dé menti capable de convaincre. Et sans doute ce n’est point parce qu’un mal aussi grave, de nature typiquement ré volutionnaire et communiste, aurait pé né tré dans l’É glise elle-mê me que nous allons douter des promesses du Sauveur. Nous sommes sû rs que l’É glise est ainsi faite qu’elle se dé fendra victorieusement, mê me contre ce mal nouveau. Il reste que l’è re de l’An­té christ doit ê tre sensiblement rapproché e. Le serait-elle davantage encore il faut dire et maintenir que, en un certain sens cette proximité, cette pré paration est comme rien. Bien plus, c’est la ré alisation elle-mê me qui, en un certain sens, sera comme rien; je dis comme rien en ce sens qu’il n’y a pas de commune mesure, ainsi que je l’ai dé jà exposé, entre le Christ et l’Anté christ. C’est pourquoi du reste le titre de victorieux n’est pas un attribut du dé mon, mais seulement du Seigneur.

Mê me si la dé naturation de la foi devait encore s’amplifier, mê me si devait encore s’é tendre le systè me de domina­tion par noyautage, nous avons la ferme espé rance que le Seigneur donnera à ceux qui veulent demeurer fidè les l’intelligence et la force pour ré sister et persé vé rer; cependant il n’y a pas d’illusion à avoir sur le prix qu’il y faut mettre et qui peut ê tre la vie elle-mê me.

 

Le mal qui est propre et ré servé au communisme me paraî t vraiment difficile à saisir. On a beau s’efforcer de concevoir une socié té perverse, on ne se forme pas spon­tané ment l’idé e de la socié té (de l’anti-socié té ) communiste. On pense tout de suite, par exemple, à la tyrannie de quelque Nabuchodonosor, utilement secondé par une bande de fanatiques; ou bien à ces ré gimes persé cu­teurs dont l’histoire nous retrace le tableau, depuis Dio­clé tien jusqu’à la grande É lisabeth et au roitelet sauvage de l’Ouganda. Or avec toutes ces repré sentations nous restons encore loin du communisme. Car il n’est pas une simple variante dans l’espè ce des ré gimes iniques anté rieurement connus. Il est autre chose, malgré un certain nombre de similitudes exté rieures. Et, à moins de faire trè s attention, nous ne remarquons pas qu’il est vraiment autre chose, une chose incomparablement plus mauvaise. Dans son cas, les moyens de la persé cution religieuse par exemple ne sont pas seulement la dé la­tion, la torture et la dé portation. Certes ces mé thodes horribles sont abondamment utilisé es, mais elles sont exigé es par le principe nouveau des autorité s parallè les et, par cela mê me, elles sont enveloppé es dans une atmosphè re é touffante de mensonge. Les autorité s paral­lè les travaillent en effet à faire croire à tous les chré ­tiens, et au martyr lui-mê me, que refuser le commu­nisme c’est trahir l’É glise. Cette perfection dans le mensonge est difficile à percevoir. Cela ne vient pas facile­ment à l’esprit.

Essayez plutô t de parler de ce genre de persé cution à de jeunes esprits, simples et droits. Vous leur racontez les interrogatoires interminables, les affres des prisons et des camps de la mort, en un mot ce qu’on avait dé jà vu, – mais en moins grand et moins atroce, – dans les persé cutions des premiers siè cles ou de la Ré forme. Jusque-là votre jeune auditoire suit trè s bien. Mais es­sayez d’aller plus loin, d’expliquer ce qui caracté rise la persé cution communiste, de faire saisir les procé dé s de pression par autorité s parallè les, vous sentez qu’on ne vous suit plus; c’est trop contre-nature; on ne saisit pas ce procé dé diabolique qui fait que le mensonge le plus noir ne se sé pare pas de la cruauté la plus fé roce; c’est sans doute la plus é pouvantable invention de l’Enfer.

Dans un autre domaine, les moyens mis en œ uvre, en pays communiste, pour dominer l’agriculture, l’industrie, le commerce, l’université ne consistent pas seulement dans un contrô le tracassier, un grand dé veloppement de la police, une publicité obsé dante, la né cessité d’attesta­tions et de certificats pour tout et pour rien. Il y a tout cela mais c’est commandé par le Parti, par un petit noyau intouchable qui a toutes les apparences d’ê tre la repré sentation lé gitime des pays, qui dé tient la faculté de ré duire au silence tout ce qui voudrait protester contre cette imposture.

Or si le communisme a secré té en quelque sorte ce systè me de domination c’est parce qu’il est un maté ria­lisme, et comme il le proclame lui-mê me, un maté rialis­me « dialectique ». Cela signifie que, de son point de vue, non seulement l’ê tre humain se ré duit à la matiè re, mais aussi que l’une des lois de la matiè re: l’opposition et la destruction, est tenue comme la loi fonciè re de la socié té des hommes.

Il importe dè s lors d’exaspé rer les contradictions et les divisions à l’inté rieur des groupes sociaux, de les susciter au besoin, afin que la socié té, en vertu de cette « dialectique », finisse par engendrer un type d’homme qui n’aurait plus rien à voir avec la vé rité de son ê tre, sa condition de nature principalement spiri­tuelle, cré é e par Dieu, blessé e en Adam, racheté e par Jé sus-Christ, destiné e à la paix et à l’harmonie par fidé ­lité à une loi objective et transcendante. Ce maté ria­lisme, d’espè ce « dialectique » comme il se dé nomme lui-mê me, est aux antipodes, autant qu’il est possible, de la ré flexion d’un esprit bien fait. Il faut, je crois, un certain effort pour convenir que le communisme est tout de mê me cela: un maté rialisme absolument contre-nature. Et ce maté rialisme contre-nature ré clame pour le servir, ainsi que nous le disions plus haut, un ré gime fonciè rement anti-naturel.

 

Pour arriver à voir le communisme comme il est, dans sa perversité intrinsè que et sa nouveauté dans la perversité, il me semble que les chré tiens, que chacun de nous a besoin de croire davantage à l’amour de Dieu. Car c’est dans la mesure où notre foi dans l’amour de Dieu est vivante et fortifié e par les dons du Saint-Esprit que nous obtenons l’intelligence du pé ché et des orga­nisations sociales de pé ché. Si nous croyons trè s profon­dé ment que celui qui fut cloué sur la croix le vendredi saint est le Fils de Dieu lui-mê me; si notre foi dans l’eucharistie, dans l’É glise indé fectible, est rendue pé né ­trante et lumineuse par l’action du Saint-Esprit nous deviendrons capables de voir dans le communisme un châ timent et une é preuve et de mieux discerner sa vé ri­table nature. Nous n’aurons plus besoin de nous faire illusion sur sa perversité radicale ni de la sous-estimer, parce que nous aurons compris vitalement que le Sei­gneur peut demander à son É glise des preuves d’amour trè s fortes et nouvelles; en l’occurrence la lutte contre un mal monstrueux, inconnu des â ges anté rieurs. Si la ré alité de l’agression communiste est trop souvent mé ­connue des chré tiens c’est parce que, faute de croire suffisamment à l’amour de Dieu, ils ne pensent pas qu’il puisse nous châ tier jusqu’à nous envoyer des flé aux aussi redoutables, qu’il puisse nous honorer jusqu’à nous jeter dans des combats aussi rudes. En outre les chré tiens ne croient pas suffisamment que la Vierge immaculé e s’in­té resse aux suprê mes batailles de l’É glise et qu’elle intercè de pour sa victoire.

Croire à l’amour de Dieu nous donnera la force non seulement d’ê tre clairvoyants sur le mal qui est notre é preuve (et notre punition) mais de le combattre par les armes approprié es. Quelles armes?

La ré ponse de l’encyclique Divini Redemptoris peut se ré sumer en ces termes: les armes d’une sainteté ré a­liste. Non seulement la priè re et le jeû ne, mais la restauration des mœ urs chré tiennes privé es et publiques. Dans la vie privé e: dé tachement des biens terrestres, confiance en la Providence, fidé lité aux lois du mariage, reconnais­sance effective du primat de la contemplation et de l’é tat de consé cration à Dieu. Dans la vie publique: grande attention à ne pas nous laisser é garer par le communis­me, refus de collaborer, persé vé rance à dé noncer sa malignité ; mais aussi organisation professionnelle, refus de l’é tatisme, acceptation par l’É tat de la « juridiction de l’É glise sur la cité ».

Combien de laï ques (et de clercs) en relisant le pro­gramme de dé fense, é lé mentairement chré tien, pré co­nisé d’un cœ ur paternel par le Pape Pie XI, en viendront à se poser la question: mais pratiquement, qu’est-ce qui demeure à notre porté e? Enterré s comme nous le sommes dans les ré seaux innombrables de l’é tatisme, é vo­luant dans un milieu sursaturé de laï cisme et de né omodernisme, dans un climat de veulerie et de luxure, comment appliquer le programme pontifical?

Eh! bien, aller jusqu’au bout de nos possibilité s dans les domaines, mê me exigus, qui demeurent en notre pou­voir; nous serrer et nous entr’aider en de petites com­munauté s naturelles; des communauté s aussi nettement chré tiennes que possibles, qui acceptent un certain retrait du monde comme loi essentielle, d’existence et d’apos­tolat; enfin persé vé rer dans la priè re, afin que les ailes de notre espé rance ne soient jamais brisé es ni replié es. C’est en vain que l’on tend des filets sous les pieds de ceux qui ont des ailes [13], et ceux qui ont des ailes sont ceux qui prient.

 

P. S. – S’il est vrai, comme je l’ai suggé ré plus haut, qu’avec l’intrusion des maç onneries, du né o-modernisme et du communisme nous soyons entré s dans la phase de pré pa­ration immé diate de la grande apostasie – sans pré juger d’ailleurs de la duré e de cette phase – comment concevoir, dans ce cas, la possibilité de ce « printemps chré tien » que nous a fait entrevoir, me semble-t-il, le message de Fatima et tel discours de Pie XII et de saint Pie X [14]? Pour se dé grader et tomber finalement dans la grande apostasie, ce printemps chré tien ne devra-t-il pas se prolonger sur l’espace de plusieurs siè cles? Et si l’apostasie est reculé e aussi loin, avons-nous le droit de suggé rer que nous soyons entré s dans la phase de sa pré paration immé diate? Ne vaudrait-il pas mieux convenir simplement que nous traver­sons une passe difficile; ni meilleure ni pire que d’autres, analogue par exemple aux crises de l’arianisme ou de la Ré forme? – Je ne le pense pas et je me suis expliqué sur le manque de commune mesure entre les hé ré sies classiques d’une part, et de l’autre, le né o-modernisme, les sectes occultes et le communisme.

Pour ce qui est du long dé lai qui serait requis entre le printemps chré tien possible ou probable et le dé chaî nement de la grande apostasie, voici ce que je me permets d’avancer: l’histoire de l’É glise semble dé montrer qu’il suffit d’un temps trè s bref pour qu’un renouveau extraordinaire de foi et de ferveur, un printemps chré tien, soit emporté et submergé par quelque puissante hé ré sie qui se dé chaî ne avec la soudaineté d’une tornade. C’est ainsi que la paix de l’É glise et le grand mouvement de conversion qui l’accompagne se situe en 313, et cependant c’est quelque anné es plus tard, en 325, qu’il faut ré unir le Concile œ cumé nique de Nicé e pour parer aux dé vastations foudroyantes de l’arianisme. D’aprè s cet exemple il ne paraî t pas té mé raire de supposer une duré e fort courte entre le printemps chré tien et la grande apostasie.

Et sans doute ce qui importe c’est de vivre dans le pré ­sent, en pré sence du Seigneur, maî tre des é vé nements et des hommes, sans trop nous occuper de l’avenir. Il reste que si Dieu nous a cré é s capables de conjectures ce n’est pas pour rien. Et l’idé e qu’il n’est pas du tout invraisem­blable que nous soyons entré s dé sormais dans la phase de la pré paration immé diate de la grande apostasie doit é vi­demment dé velopper en nous la disposition à veiller et prier, nous mé fier des faux-prophè tes et de leurs organisations collectives, nous inciter à ê tre prudents comme des serpents et simples comme des colombes; prudents comme des ser­pents parce que nous avons l’expé rience de notre faiblesse intime, de la facilité de notre nature à s’é chapper et s’é ga­rer, de l’astuce et de la violence de la contre-É glise; – simples comme des colombes parce que nous sommes encore plus certains de la toute-puissance de la grâ ce que de la faiblesse de notre liberté ; et parce que les prestiges et les pressions de Satan et de ses suppô ts, avec leur appareil de domination par autorité s parallè les et ré seaux clandestins, sont en vé rité comme rien du tout en face de la croix du Christ et de l’intervention de Notre-Dame – secours des chré tiens et mè re de l’É glise.

 


[1] Voir Dictionnaire de Thé ologie Catholique au mot Anté christ. Je me rallie à la conception, qui me paraî t mieux fondé e, dans la tradition, d’un Anté christ personnel. Voir IIIaquestion 8, article 8. Mais l’autre thé orie, celle d’un Anté christ purement collectif, peut ê tre librement soutenue. – Du reste mê me dans l’hypothè se d’un Anté christ collectif nos ré flexions ne sont pas changé es pour l’es­sentiel. Pour l’interpré tation de « ce qui le retient » saint Thomas estime que c’est l’É glise romaine (in Thessal. II, cap. 2, lect. 1). Saint Augustin explique de son cô té que lorsque les mauvais chré tiens et les pseudo-chré tiens (mali et ficti) seront en nombre suffisant dans l’É glise pour former un vaste peuple, alors l’Anté christ paraî tra. Cité de Dieu, XX-19. (Ficti : on peut penser aux chré tiens apparents (qui forment la pseudo-É glise du né o-modernisme). Par ailleurs la conversion du peuple juif (Rom., IX-XI) doit-elle coï ncider avec la grande apostasie ou la pré cé der ou, mê me peut-ê tre la suivre, je n’ai pas su en dé cider.

[2] « Thé ologie de l’histoire », page 112, dans le numé ro de septembre-octobre 1966 d’Itiné raires.

[3] Voir Itiné raires, juin 1966, « La Foi au goû t du jour », de Pé ré grinus; A propos de Maurras, de Duroc. – Voir Itiné raires, juillet 1966, ma note sur les Socié té s Secrè tes.

[4] Mê me si l’Anté christ est collectif, nos remarques demeurent substantiellement inchangé es. – Le mot Anté christ se trouve dans Ia Joannis II-18/23 et III-3.

[5] Le secret des cœ urs est fermé aux anges eux-mê mes. Sur les limites de la connaissance angé lique, voyez Ia Pars, question 57.

[6] Augustin Cochin. Les socié té s de pensé e et la dé mocratie moderne ; puis la Ré volution et la libre pensé e (l’un et l’autre chez Plon é dit. Paris). – Abstraction ré volutionnaire et ré alisme catholique, opuscule chez Desclé e de B. à Paris. – Enfin l’ouvrage remar­quable d’Antoine De Meaux: Augustin Cochin et la genè se de la Ré volution, paru en 1928 dans la collection du Roseau d’Or (Plon é dit. ) – Madiran surtout son ouvrage Vieillesse du Monde (Nouv. é dit. latines). L’é tude pré sente, on s’en apercevra tout de suite, lui est extrê mement redevable.

[7] J. Madiran, La Vieillesse du monde, p. 16.

[8] Relire dans L’Homme face au totalitarisme moderne (Congrè s Sion, 1964) é dit. C. L. C., 49, rue des Renaudes, Paris: la Com­munication de Jean Madiran, p. 16: « Je prends la socié té de pensé e à l’é tat pur c’est-à -dire une socié té construite arbitrairement par la pensé e, en ré action ou plus exactement en ré volution contre les socié té s naturelles. Les socié té s de pensé e sont des socié té s construites en dehors des rapports hié rarchiques normaux et juridiquement dé finis. – Les socié té s donné es ou construites selon la nature sont des socié té s de relations et de rapports familiaux, professionnels, de voisinage, nationaux, etc., et hié rarchiques – c’est-à -dire comportant des autorité s juridiquement dé finies, tandis que les socié té s de pensé e, d’emblé e, se placent en dehors de ces relations normales, naturelles et hié rarchiques, et c’est pour cela qu’elles aboutissent à ce qu’on a appelé le systè me des hié rarchies parallè les. Les hié rarchies paral­lè les sont des hié rarchies qui ne sont fondé es ni sur la nature, ni sur la grâ ce et qui ne sont pas juridiquement dé finies… Lorsqu’on parle de hié rarchies en dehors des caté gories juridiques on est en train de mettre sur pied des tyrannies car la tyrannie peut se dé finir: une autorité et une hié rarchie en dehors de toute dé finition juridique. »

[9] La fin des temps (traduit de l’allemand par Claire Champol­lion) é dité chez Desclé e de B. à Paris, en 1953

[10] Il convient de rapporter à ce sujet la vision saisissante de Bernanos -. « Vous saurez ce que c’est qu’une certaine paix – non pas mê me celle qu’entrevoyait Lé nine, agonisant sur son lit de sangle, au fond de sa hideuse mansarde du Kremlin, un œ il ouvert l’autre clos – mais celle qu’imagine, en ce moment peut-ê tre, en croquant ses cacahuè tes au sucre, quelque petit cireur de bottes yankee, un marmot à tê te de rat, demi-saxon, demi-juif, avec on ne sait quoi de l’ancê tre nè gre au fond de sa moelle enragé e, le futur roi de l’acier, du caoutchouc, du pé trole, le trusteur des trusts, le futur maî tre d’une planè te standardisé e, ce Dieu que l’univers attend, le Dieu d’un univers sans Dieu. » (G. Bernanos, La Grande Peur des bien-pensants, p. 454, é dité chez Grasset à Paris, 1931. )

[11] Pé ré grinus, dans Itiné raires de juin 1966.

[12] Le Monde et la vie, juin 1966, article de l’abbé Coache sur la nouvelle religion.

[13] Prov., I-17.

[14] Voir l’allocution de Saint Pie X, du 29 nov. 1911, qui annonce un renouveau de la mission chré tienne de la France. (Actes de Pie X, é dité s à la Bonne Presse à Paris, tome VII; ou bien page 17 de Destin de la France, par E. Robert, Librairie du Carmel, 27, rue Madame, Paris 6e).



  

© helpiks.su При использовании или копировании материалов прямая ссылка на сайт обязательна.