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BESOINS MATÉRIELS, ALTERNATIVISME ET ATTAQUE



BESOINS MATÉRIELS, ALTERNATIVISME ET ATTAQUE

Et aujourd’hui ? Demain ?

Déblayons, avant tout, les fausses opposi- tions. Celui qui focalise toute son activité sur l’attaque destructive est aussi en train de construire, à commencer par lui-même.


 

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Pour se donner les moyens d’attaquer, il est forcément aussi en train de s’auto-organi- ser d’une façon ou d’une autre : il fraude, il vole, il exproprie, il se serre la ceinture. Et surtout, il vole du temps, du temps pour réfléchir, pour discuter, pour analyser, pour préparer, pour accomplir, un temps qui ne correspond à aucun standard productif de l’économie capitaliste et qui est souvent aussi arraché à d’autres relations tout aus- si chères mais plus éloignés de ce genre d’activités.

A l’autre « extrême », celui qui dédie son temps à s’organiser pour répondre de façon autonome à ses propres besoins peut aussi être en train d’attaquer. En mettant de côté toutes les âneries de cogestion alternative (qui, comme leur nom l’indique, font plei- nement partie des processus de restructu- ration capitaliste : un exemple facile serait l’agriculture « biologique », secteur jadis marginal aujourd’hui en plein essor), il reste des exemples de compagnonnes et de compagnons qui s’organisent pour réduire leur dépendance au système de la consom- mation, à la distribution énergétique, à la hiérarchie médicale. Cela donne lieu à des structures auto-organisées, plus ou moins marginales ou informelles, mais qui four- nissent, y compris parfois à d’autres, des qualités difficilement trouvables ailleurs. Ce n’est pas juste une question de se nour- rir pour une fois d’autre chose que du su- permarché, c’est tout le recul nécessaire que cela présuppose et qui est particuliè- rement salutaire en cette époque de « dé- réalisation » et de dépendance. A condi- tion de ne pas construire des fantômes, bien sûr. De ces petites expériences plus autogérées n’adviendra pas la générali- sation insurrectionnelle de l’autogestion, puisqu’elles s’éclipseront devant l’immen- sité d’une telle vague chaotique déferlant sur la société. En cela, elles ne sont donc aucunement des « embryons » de la nou- velle société. Mais elles peuvent être des moyens d’autogestion de la lutte, et peut-


être même plus au niveau « mental », par le fait de se réapproprier une autonomie, qu’au niveau  vraiment  matériel.  Toutes ces petites expériences sont certes vouées à être étouffées par l’Etat, mais ce  n’est pas forcément un problème. Elles auront contribué à la lutte, et auront péri, comme d’autres formes organisationnelles, dans le conflit, pour renaître ailleurs et autrement. Ce  n’est  que  lorsque  le  racket  de  l’Etat

–s’intégrer ou  dégager–  fonctionne  que ces expériences deviennent de véritables freins à la lutte en voulant perdurer à tout prix (l’exemple des squats légalisés est à ce sujet plutôt significatif).

Une autre question encore, est la préten- tion à construire dès aujourd’hui, qui plus est en dehors de tout contexte insurrec- tionnel et sous forme d’organisation for- melle, des structures auto-gérées alterna- tives capables de répondre aux « besoins matériels » de gens qui sont en lutte, ou carrément des « exploités » en général. Cette idée de construire un contre-pouvoir par le bas à partir des besoins matériels (et parfois de la souffrance) tournées vers des sujets politiques, en fournissant finale- ment un service doublé d’un racket idéo- logique, devient alors facilement non pas un embryon de la société future (ce qui est impossible tellement elle sera différente), mais d’un futur pouvoir avec ses spécia- listes, ses rôles, sa volonté de masses et de contrôle lié à toute logique gestionnaire qui part de l’existant.

 

 

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ratiquer l’autogestion aujourd’hui, c’est s’auto-organiser  pour  attaquer.  Peut- être  que  les  discussions  là-dessus  ont trop souvent été limitées et devraient être élargies, parce que lors de l’attaque, c’est de fait toute notre vie qui est mise en jeu. Pas  seulement  notre  relative  liberté  de mouvement,  mais  aussi  nos  convictions,


 

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nos passions, nos amours, nos peurs, nos certitudes et nos doutes. S’organiser pour attaquer, et c’est cela que, pour ma part, j’ai toujours entendu par la « recherche de l’affinité » (y compris, voire d’abord avec soi-même), ne devrait donc exclure aucun aspect de la vie.

Si je ne réussis pas à prendre soin de moi (ou de mes complices), je risque fort de ne pas être en condition de faire certains ef- forts physiques et mentaux. Tout conflue, une fois de plus, dans la projectualité qu’on développe dans nos vies, en englobant l’en- semble de ses aspects. De la même façon, y compris lorsqu’on attaque en  solitaire, on n’est pas seuls au monde. Nos proches et toutes les expériences passées sont là,


toutes et tous avec leurs sollicitations par- ticulières qui font partie de nos vies. Les liens qui nous réunissent avec eux doivent être en bon état si on veut préserver notre capacité mentale, physique mais aussi émotionnelle pour attaquer. La disponi- bilité à l’attaque n’est pas juste une ques- tion de conviction, de détermination et de certaines techniques, mais un rapport qui englobe l’entièreté de nos vies. Une telle conception se trouve bien entendu à des distances abyssales de n’importe quel al- ternativisme bon marché, tout comme elle se démarque de toute vision militariste de l’affrontement.

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Nous sommes contraints par l’Etat d’être solidaires, et cela signifie apparemment devoir por- ter une quantité de merde sur notre dos que nous n’aurions jamais été capables d’imaginer. Que nous assumions les licenciements comme quelque chose de nécessaire, que nous fas- sions un effort pour ne pas voir nos êtres chers, pendant que les murs de nos maisons, trans- formées en prisons télématiques, se referment sur nous et menacent notre santé mentale, que les personnels médicaux acceptent une baisse solidaire de 2 % de leur salaire. Que nous collaborions avec les mêmes forces répressives qui nous intimident pour que nous restions à domicile (parce qu’aujourd’hui rester à la maison devient un acte héroïque de la plus haute valeur morale au lieu d’être la condition indispensable pour que la domination à laquelle ils nous soumettent soit plus efficace que jamais). Que nous portions des accusations et col- laborions avec la police pour signaler et dénoncer les personnes qui ne veulent pas s’isoler du monde, qui refusent de rester à la maison, ou simplement se voient obligées de sortir, en transformant nos balcons en un panoptique qui se méfie de toute activité dans la rue. Et la liste pourrait être infinie. Cette solidarité qu’ils nous imposent nous conduit à un scénario répressif sans pareil. Mais la solidarité n’est pas cela. Ils ne peuvent pas nous obliger à être solidaires, la solidarité se donne entre égaux comme instrument pour résoudre les problèmes et les conflits surgissant précisément de la soumission à une société qui établit des rapports de pouvoir et d’autorité entre les personnes qui y vivent.

 

... En fin de compte, la solidarité est une arme lorsqu’elle se rebelle afin de changer l’état des choses et non pas pour le perpétuer. La solidarité naît de l’appui mutuel, de la conflictualité et de l’attaque. Pas des grilles de nos balcons, ni des échos des applaudissements. Ne les laissons pas travestir le sens de la solidarité, et quand vient le moment de la montrer, pille, incendie, vole, attaque et protège tes proches !

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Madrid Cuarentena City n°2, mi-avril 2020

 



  

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