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DEUXIÈME PARTIE 12 страница



 

D’ailleurs, on peut constater ce rô le de la pensé e et de l’idé e fixe par l’examen de l’é tat du muscle lui-mê me. Si on é tudie un sujet qui pré sente des contractures organiques dé veloppé es à la suite d’hé morragie cé ré brale et si on essaye d’é tendre la main ou le bras, on rencontre une ré sistance é lastique parfaitement ré guliè re et continue. Si on fait la mê me expé rience sur la contracture hysté rique, on rencontre une ré sistance trè s irré guliè re et variable : la main est au dé but peu serré e quand on n’essaye pas de la dé plier, mais on sent brusquement une augmentation de la contraction au moment où on essaye de l’é tendre; si on cesse la tentative et si on laisse le membre au repos, on observe qu’il se dé tend visiblement. Ce qui est curieux, c’est que le mê me phé nomè ne se produit quand les efforts pour produire le mouvement sont faits par le sujet lui-mê me: quand celui-ci essaye sincè rement d’é tendre son bras, la contracture augmente, et elle diminue si le sujet renonce à mouvoir son membre et ne s’en occupe plus. On dirait qu’il y a dans le membre contracturé une sorte d’entê tement à maintenir une certaine position et à ré sister à toutes les tentatives de dé placement.

 

Cet entê tement, d’ailleurs, n’est pas perpé tuel et dé finitif: depuis longtemps, on a observé que la contracture disparaissait dans certains é tats psychologiques. Le sommeil chloroformique, quand il est poussé assez loin pour supprimer les phé nomè nes de conscience, amè ne toujours la ré solution complè te. Celle-ci survient aussi quelquefois mê me pendant le sommeil naturel, de mê me que les choré es et les tics cessent pendant le sommeil quand il est complet. Mais il faut ré pé ter ici la remarque dé jà faite à propos des agitations motrices. Le sommeil des hysté riques est souvent anormal, il est souvent remplacé par diverses formes d’insomnies ou par des varié té s du somnambulisme et quand il en est ainsi les contractures peuvent persister. On serait donc mal fondé à nier le caractè re hysté rique d’une contracture qui persiste pendant la nuit dans un é tat de sommeil apparent. Pendant certains é tats de somnambulisme, les contractures peuvent persister, mais elles peuvent aussi disparaî tre ou bien ê tre remplacé es par de la choré e, des attitudes cataleptiques, des mouvements en rapport avec le dé lire. Mê me pendant la veille, on peut, par divers procé dé s psychologiques, obtenir des mouvements trè s nets de ce membre, en apparence immobilisé et la cessation passagè re de la contracture.

 

Si ces contractures ressemblent à une sorte d’entê tement, il n’en est pas moins vrai que cet entê tement n’est pas identique à celui que l’on peut observer chez des individus bien portants ou mê me chez des obsé dé s: il n’est certainement ni volontaire, ni conscient. Des malades trè s sincè res, et il y en a é videmment, ont souvent gé mi sur cette impuissance et sont parfaitement convaincus que ce n’est pas leur propre volonté qui dé termine cet accident. À moins de mé connaî tre entiè rement l’é tat mental de ces malades et de la accuser bien superficiellement de simulation, comme font quelquefois les ignorants, il n’est pas possible de dire que la paralysie soit chez eux une immobilité volontaire, ni que la contracture soit un entê tement volontaire.

 

Ce qui pousse un observateur superficiel à une affirmation de ce genre, c’est la remarque suivante: on se figure qu’un individu bien portant peut reproduire assez facilement une contracture hysté rique. Mê me si cela é tait vrai, cela prouverait simplement que la contracture hysté rique ne ré clame pas des alté rations des organes pé riphé riques, qu’elle peut ê tre reproduite par des organes sains, cela n’indiquerait rien sur le mé canisme intime de ces contractures et sur l’é tat mental qui les accompagne. Il est fort probable que l’é tat mental du simulateur est fort diffé rent de celui de la malade et qu’il n’y a d’analogie que dans l’attitude exté rieure. On peut de mê me simuler l’attitude d’un dé ment ou le langage d’un persé cuté, et cela ne prouve pas du tout que la dé mence ou le dé lire de persé cution soient des phé nomè nes volontaires chez le malade. Mais il est absolument inutile d’insister sur cette discussion, car, à mon avis, cette simulation de la contracture est extrê mement grossiè re et mê me n’a jamais é té faite sé rieusement. D’abord, il est fort probable, ainsi que je l’ai toujours constaté, que le graphique de la contraction volontaire du simulateur ne serait pas du tout identique à celui de la contracture hysté rique. Ensuite, il n’y aurait mê me pas lieu de pousser l’analyse aussi loin, car la simulation n’a jamais reproduit le caractè re essentiel des contractures hysté riques, je veux dire la duré e de ce phé nomè ne. Un individu qui a simulé pendant quelques minutes une contracture, laisse entendre que, s’il le voulait bien, il pourrait continuer ainsi indé finiment, mais en fait il ne continue pas. C’est que sa volonté de maintenir le bras dans la mê me position est rapidement transformé e par le changement des circonstances, par la sensation de fatigue, par l’ennui, par le sentiment du ridicule, par le simple besoin de se servir de son bras pour é crire ou pour dé jeuner. Ce qui caracté rise le phé nomè ne hysté rique, c’est justement que, ni la fatigue, ni l’ennui, ni le ridicule, ni le besoin de se servir de son bras pour gagner sa vie et pour é chapper à la misè re, ne peuvent changer l’é tat mental qui dé termine la contracture. En ré alité, il n’y a pas lieu de parler de la simulation des contractures hysté riques, tant que cette simulation ne s’est pas prolongé e ré guliè rement pendant des semaines et des mois.

 

Si la volonté du malade semble avoir si peu d’influence sur la contracture pour la produire ou la supprimer, c’est que l’é tat mental qui dé termine le phé nomè ne, sensation ou image particuliè re, rê ve, idé e fixe, sont en dehors de la conscience du sujet. Ils ré apparaissent dans des é tats spé ciaux et dans des conditions spé ciales comme les idé es fixes de forme somnambulique, mais ils sont oublié s et cessent d’ê tre conscients en dehors de ces é tats. En ré alité, le sujet qui a une contracture vé ritable ne sait pas pourquoi il l’a, ni pourquoi il l’a sous telle ou telle forme. Si nous rattachons ces contracture à des phé nomè nes psychologiques, nous sommes forcé s de les rattacher le plus souvent à des phé nomè nes subconscients. On pourrait donc soutenir, qu’au moins en apparence, une contracture est un phé nomè ne analogue aux agitations motrices, qu’elle rentre dans le groupe des mouvements, des attitudes en rapport avec des idé es fixes, mais qu’à cette agitation se joignent une paralysie, une impuissance du sujet incapable de mouvoir volontairement son membre dans l’intervalle des mouvements choré iques, comme cela avait lieu dans les agitations pré cé dentes. C’est la conception que j’ai dé jà indiqué e à plusieurs reprises.

 

Je crois aujourd’hui qu’elle reste vraie, mais qu’elle est incomplè te et que la contracture nous pré sente un problè me plus compliqué. Elle n’est complè tement identique ni à un mouvement volontaire, ni mê me à un mouvement subconscient. Le graphique de ces diverses contractions n’est pas pareil: il y a toujours plus de tremblements dans les mouvements ordinaires prolongé s que dans les contractures. La fatigue n’est pas sentie de la mê me maniè re quand il s’agit d’une contracture et quand il s’agit d’un mouvement normal; elle ne dé termine pas les mê mes consé quences. Je crois é galement que M. Paul Richer avait fait autrefois des observations fort justes, quand il soutenait que la courbe de la contraction et de la dé contraction n’est pas la mê me, quand on l’observe chez des individus normaux et sur des sujets disposé s à la contracture. En un mot, les contractures ne sont pas seulement des actions subconscientes, ce sont des actions alté ré es suivant des lois que nous connaissons bien mal.

 

Voici l’hypothè se que l’on peut pré senter à ce propos d’une maniè re toute provisoire: les actions qui se manifestent par des mouvements musculaires pré sentent diffé rents degré s de perfection en rapport avec le dé veloppement et la systé matisation de la conscience qui les accompagne. Ces degré s de perfection se manifestent d’abord par des caractè res psychologiques de l’action, dé licatesse, harmonie, utilité de l’acte, mais ils se manifestent aussi par des proprié té s mê mes du mouvement. Le mouvement musculaire de la main d’un dessinateur n’est pas le mê me que le mouvement musculaire de la patte d’un chien ou de la patte d’un crocodile. Il y a des proprié té s physiologiques particuliè res accompagnant la perfection de l’acte. On en connaî t quelques-unes: la rapidité de la contraction et surtout la rapidité de la dé contraction sont certainement bien plus considé rables. Dans les muscles des animaux infé rieurs, comme on l’a souvent montré, la contraction se fait lentement et se dé fait lentement. Je crois mê me, et je prie d’excuser la té mé rité de ces suppositions, qu’il doit y avoir des diffé rences anatomiques dans l’é tat des muscles en rapport avec ces degré s de perfection du mouvement. On a beaucoup insisté derniè rement sur les deux organes qui existent dans la fibre musculaire: les fibrilles donnant des contractions brè ves et le sarcoplasme donnant des contractions longues et permanentes; le second é lé ment pré domine dans les muscles lisses des viscè res, le premier dans les muscles strié s qui servent aux mouvements volontaires. Eh bien, l’action qui devient subconsciente, qui se sé pare de la conscience personnelle, c’est-à -dire de l’ensemble des autres fonctions, subsiste-t-elle sans aucune alté ration? Est-ce que les fonctions psychologiques, en mê me temps qu’elles s’unissent les unes aux autres, n’acquiè rent pas par cette union une perfection plus considé rable? Peuvent-elles se sé parer sans dommage et n’y a-t-il pas une dé gradation en mê me temps qu’une dissociation des fonction? La ré ponse à ces questions n’est pas difficile, quand il s’agit des idé es ou du langage: les fonctions intellectuelles dissocié es subissent é videmment une dé gradation. En est-il de mê me pour les fonctions motrices? Sans doute on ne constate pas à la suite de ces dissociations de grosses alté rations des ré flexes, mais il se peut qu’il y ait d’autre alté rations plus dé licates et que les fonctions retournent en arriè re et prennent des formes plus é lé mentaires et plus anciennes. La contracture, avec les modifications du mouvements qu’elle pré sente, est peut-ê tre un exemple de ce retour en arriè re. Le mouvement des membres devient non seulement automatique, mais encore plus grossier, plus lent, plus indé pendant de la fatigue. Il se rapproche de certains mouvements é lé mentaires observé s chez des animaux plus simples ou dans les muscles lisses de fonction moins noble. Ce ne sont là que de rapides ré flexions à propos d’un problè me qui ne peut ê tre discuté de la sorte et qui doit ê tre simplement indiqué à propos de l’é tude des contractures hysté riques.

 

6. - Les caractè res psychologiques
des phobies de l’action.

 

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Le rapprochement que j’ai proposé des phobies psychasté niques et des paralysies hysté riques demande à ê tre justifié. Pour le comprendre, il faut d’abord é tablir un premier fait: c’est que toutes les phobies, malgré leurs noms diffé rents, qu’elles soient des phobies des fonctions, des phobies du contact ou des phobies des situations des agoraphobies, des é reutophobies ou des phobies du mariage, etc., sont au fond toutes du mê me genre et que ce sont toutes des phobies d’actes.

 

Pour le premier groupe, les phobies des fonctions, les phobies de la marche, par exemple, cela est é vident; pour les autres, il faut ajouter quelque analyse. Nous avons dé jà vu que certaines phobies, comme les é reutophobies, sont d’ordinaire trè s mal comprises: ce n’est pas la rougeur proprement dite qui tourmente le sujet, il tolè re cette rougeur avec le plus grand calme quand il est tout seul; ce qui le rend malheureux, c’est la rougeur en public, et nous avons dé jà vu que ce sont là des phobies des situations. Mais ici encore l’analyse est incomplè te: la situation en elle-mê me n’est rien et notre sujet serait parfaitement calme s’il ne la remarquait pas, s’il ne s’en rendait pas compte. Ce qui l’effraye, c’est d’avoir à se placer lui-mê me dans cette situation, d’avoir à jouer un rô le dans le salon, à y entrer, à y parler. Il s’agit, en ré alité, ici d’une action dans certaines conditions, et c’est cette action qui est redouté e.

 

La discussion semble plus difficile pour les phobies des objets, car, en ré alité, le trouble semble naî tre aprè s une simple perception d’un objet rouge ou d’un objet sale. Quelques observations peuvent cependant dé jà mettre sur la voie de l’interpré tation: les objets qui dé terminent ces phobies ne sont pas pris au hasard. On constate des phobies des rasoirs, des ciseaux, des appareils té lé graphiques, de la plume; mais chez qui les constate-t-on? La phobie du rasoir appartient au coiffeur, celle des ciseaux à la couturiè re, celle de la plume au notaire, celle de l’appareil té lé graphique à l’employé des postes. Ce n’est pas par hasard que l’objet terrifiant est justement l’instrument professionnel. Il n’est pas difficile de voir que l’objet n’est ici qu’un symbole, un instrument de quelque chose qui est l’acte professionnel.

 

Dans les autres cas, il en est toujours de mê me; cette maladie é tait appelé e primitivement le dé lire du contact, parce que le trouble vient le plus souvent à la suite d’un toucher de l’objet; mais, comme je l’ai montré dans beaucoup d’expé riences, il ne s’agit pas d’un contact quelconque. La plupart de ces sujets tolè rent facilement le contact passif dans lequel l’objet est simplement approché du sujet par une autre personne. Iu… « pour rien au monde ne touchera elle-mê me les vê tements où elle s’imagine avoir fait tomber des fragments d’hos­tie »; mais si je prends moi-mê me la robe et l’approche de ses mains, elle se ré signe à subir le contact en disant: « C’est vous qui faites l’action et qui prenez la responsabilité ». L’objet qui dé termine l’angoisse est surtout un objet qui intervient dans une action qu’il faudrait exé cuter; l’objet n’est ici, à mon avis, qu’une occasion, ainsi que le contact, parce qu’on n’agit pas sans toucher à des objets; mais l’essentiel, c’est l’acte. L’analyse sera, suivant les cas, plus ou moins difficile, à cause de la complication des dé lires, de l’association des idé es, des symboles qui transportent la phobies plus ou moins loin; mais je crois que toujours on trouvera à son point de dé part un acte qu’il s’agit d’accomplir et que le sujet ne parvient pas à faire.

 

Mais, dira-t-on, il ne le fait pas parce qu’il a peur, c’est la phobie qui empê che l’acte. Ce n’est pas du tout mon avis, et ma thè se sur ce sujet a consisté à renverser ces termes. La pré tendue peur est, en ré alité, un ensemble de phé nomè nes pé nibles, constitué s par des agitations viscé rales, surtout respiratoires, et par toutes sortes d’agitations mentales. Ces phé nomè nes sont douloureux, ils s’accompagnent de grandes manifestations é motionnelles, aussi les considè re-t-on comme trè s importantes; mais, en ré alité, ils sont secondaires et dissimulent d’autres troubles plus profonds.

 

Ce qui semble le dé montrer, c’est leur extrê me variabilité. Chez le mê me sujet, ces angoisse peuvent prendre bien des formes: tantô t il s’agit d’é touffements, tantô t de palpitations de cœ ur, tantô t de sueurs profuses, tantô t de vertiges; souvent mê me ces troubles viscé raux peuvent disparaî tre et ê tre remplacé s par des phé nomè nes tout diffé rents, par de l’agitation mentale. Le sujet, au lieu d’avoir une respiration haletante, reste tranquille et trè s calme; mais il se met à rê ver indé finiment, à combiner dans sa tê te toutes sortes de raisonnements compliqué s. Ou bien encore le mê me sujet peut avoir, à la place de l’angoisse respiratoire, des crisses d’agitation motrice, des besoins de marcher indé finiment ou de parler à tort ou à travers. On obtient trè s facilement ces changements; mais il est facile de voir que le sujet n’est pas gué ri quand on a remplacé les angoisses respiratoires par de l’agitation motrice ou par de la rumination mentale. La maladie restent exactement la mê me; pourquoi cela? Parce qu’au fond un phé nomè ne essentiel est resté immuable, c’est qu’il y a toujours une action qui aurait dû ê tre faite et que le sujet n’arrive pas à faire. Quand le notaire de Billod se trouve en pré sence d’un acte à signer, il peut avoir des angoisses respiratoires ou cardiaques, d’interminables obsessions de scrupules, ou des tics et des secousses de tous les muscles; tout cela est indiffé rent, l’essentiel c’est que l’acte ne peut pas ê tre signé. C’est toujours le trouble de l’action qui reste invariable et fondamental, et les angoisses s’y ajoutent comme un phé nomè ne secondaire ré sultant d’une dé rivation plus ou moins facile à expliquer.

 

Dans les cas typiques, cette interpré tation se comprend bien, parce que l’acte est visiblement supprimé; mais, dans un grand nombre de cas, la discussion est beaucoup plus dé licate, parce qu’il y a des phobies et des angoisses à propos d’actions qui nous semblent exé cuté es d’une maniè re à peu prè s correcte. Nous ré pé tons au malade qu’il a tort d’avoir peur, car il marche trè s bien, il fait trè s bien son mé tier. Eh bien! je crois qu’ici nous ne savons pas assez analyser l’exé cution d’une action; nous la voyons du dehors, et il nous suffit d’en voir sommairement les ré sultats pour la croire bien exé cuté e. Le sujet, qui voit son action du dedans, qui en a conscience, n’est pas du tout de notre avis.

 

Depuis fort longtemps, avant mê me l’apparition des angoisses, il avait, à ce propos de son action, des sentiments trè s curieux: toujours il sentait que l’action n’é tait pas bien faite, qu’il lui manquait quelque chose, qu’elle é tait incomplè te. Ces sentiments d’incomplé tude [30] se pré sentent de bien des maniè res. Chez beaucoup de malades, on constate un sentiment exagé ré de la difficulté de la tâ che. L’action, qui demande de tels efforts, leur semble d’ailleurs inutile et bê te: « À quoi bon » est un refrain qui joue un grand rô le dans leurs gé missements. Ils sentent qu’à eux seuls ils n’arriveront jamais au bout de l’acte, ils font toujours appel à une puissance mysté rieuse qui les dé barrasserait de l’action et surtout de la complexité d’une action donné e: « J’attends pour agir qu’une bonne fé e ait tout mis en ordre d’un coup de baguette ».

 

Si cependant il essayent d’avancer, ils n’arrivent jamais à une dé cision ferme et ils ne peuvent jamais savoir s’ils veulent telle action plutô t qu’une autre. J’ai raconté ailleurs l’histoire de cette jeune fille qui travaillait à fabriquer des fleurs de porcelaine. Le premier signe de sa maladie fut qu’elle gagnait moins d’argent dans la journé e, parce qu’elle faisait plus lentement ses pé tales de roses. Elle hé sitait toujours entre deux plis ou deux courbes à adopter. Ce sentiment d’indé ­cision s’accompagnait d’une sorte de petite douleur à la place du petit plaisir qu’elle avait autrefois à terminer un pé tale et à le trouver joli. Chez d’autres malades, le sentiment de dé cision est remplacé par un sentiment de gê ne, de ré sistance à l’action: ce sentiment peut plus tard se pré ciser et les malades vont pré tendre que c’est telle ou telle manie, telle ou telle phobie, telle ou telle idé e qui les gê ne pour agir; mais il est visible, au dé but, qu’ils ne savent pas eux-mê mes ce qui les gê ne et les arrê te.

 

Dans la dé cision, il y a, comme nous l’avons remarqué, un sentiment de possession, de personnalité, puisque l’action nous semble adopté e par nous-mê mes: on ne sera pas surpris de voir ce sentiment manquer totalement chez certains scrupuleux. C’est ce qui produit le sentiment d’automatisme dont l’importance, dans les maladies mentales, est, à mon avis, tout à fait considé rable. Le malade de Ball dé crit trè s bien cette impression: « Dans cet é tat atroce, il faut cependant que j’agisse comme avant, sans savoir pourquoi. Quelque chose qui ne me paraî t pas ré sider en moi me pousse à continuer comme avant et je ne puis pas me rendre compte que j’agis ré ellement, tout est mé canique en moi et se fait inconsciemment [31]. Tous nos malades tiennent le mê me langage; les mots machines, automates, mé caniques reviennent constamment dans leur langage: « Je ne suis qu’une machine et je dois faire des efforts bien pé nibles pour rester quelqu’un. »

 

Un degré de plus dans ce sentiment d’absence d’action personnelle, d’automatisme, et les malades vont dire que quelque puissance exté rieure pè se sur eux et dé termine leurs actes; en un mot, ils vont attribuer à des volonté s é trangè res l’action qu’ils ne sentent plus en rapport avec leur propre volonté; de là, beaucoup de sentiment bizarres, comme le dé sir fou d’une liberté illimité e, la peur d’ê tre dominé, le sentiment d’un pouvoir irré sistible et mysté rieux et souvent de vé ritables idé es de persé cution.

 

Dans bien des cas, le trouble de l’action se dé veloppe encore davantage: non seulement l’acte s’accompagne de tous ces sentiments de mé contentement et d’insuffisance, mais il devient de plus en plus difficile, sinon impossible. Certaines caté gories d’actes disparaissent les premiè res, tandis que d’autres, en apparence voisines, sont encore à peu prè s exé cuté es. Ainsi, on voit disparaî tre toute action un peu nouvelle, toutes celles qui demandent une adaptation à des circonstances nouvelles: on constate que tous ces individus sont des routiniers recommenç ant indé finiment avec ennui et tristesse la mê me existence monotone et incapables d’aucun effort pour la changer. Ils ont une peine é norme à rompre des habitudes une fois acquises et ils sont incapables d’en acqué rir de nouvelles en s’accoutumant à une situation nouvelle.

 

Aprè s les actes nouveaux, il y a une caté gorie d’actes qui sont trè s fré quemment supprimé s, ce sont les actes sociaux, ceux qui doivent ê tre accomplis devant quelques personnes ou qui, dans leur conception, impliquent la repré sentation de quelques-uns de nos semblables. Cette impuissance à agir devant les hommes, cette aboulie sociale me paraî t l’essentiel de la timidité. Comme je l’ai dé jà remarqué en parlant du langage, il ne faut pas croire que le timide soit, en ré alité, capable d’accomplir l’action et qu’il soit simplement arrê té par l’é motion. L’acte que le malade exé cute, quand il est seul, n’est pas du tout le mê me que celui qu’il a à exé cuter en public, et sa timidité consiste ré ellement en une impuissance, une incapacité à faire un acte particulier, qui est justement cette action, dans les conditions spé ciales que cré e la pré sence des té moins.

 

On observe encore chez les psychasté niques des aboulies professionnelles, le dé goû t é norme du mé tier qui semble plus fatigant que tout autre, ridicule et honteux. C’est que le mé tier est encore l’ensem­ble d’actions le plus considé rable pour les hommes qui agissent peu; c’est là que l’aboulie commence a se faire sentir. Il est inté ressant de remarquer que l’une des premiè res aboulies qui aient é té dé crites, celle du notaire Billod, est une aboulie professionnelle; ce sont les papiers de son é tude que le malade ne peut plus signer. Enfin, cet arrê t, cette inhibition de l’acte peut s’appliquer à toutes sortes d’actions qui, aprè s avoir longtemps paru difficiles, automatiques, incomplè tes au malade, finissent par ne plus s’exé cuter du tout.

 

C’est à ce moment que se pré sentent les phé nomè nes secondaires de l’agitation et de l’angoisse et que les phobies pré cé dentes sont constitué es. Il suffit de faire comprendre au malade qu’il est dispensé d’exé cuter l’acte, qu’il n’a plus à parler, à é crire, à marcher pour qu’aussitô t il se calme. L’angoisse ne venait qu’à la suite des efforts impuissants pour aboutir à l’action. Inversement, on peut gué rir l’angoisse et la phobie par une autre mé thode bien plus avantageuse: si on arrive, en aidant le malade, en l’encourageant, en l’excitant à lui faire exé cuter l’action devant laquelle il s’arrê tait, l’angoisse disparaî t tout de suite, ce qui montre bien son caractè re secondaire. Toutes ces remarques nous dé montrent que, dans les phobies pré cé dentes, le phé nomè ne essentiel est un trouble de l’action, une incapacité d’exé ­cuter certains actes dé terminé s qui est tout à fait analogue aux paralysies des hysté riques.

 

Pour aller plus loin, il faut se demander de quelle nature est ce nouveau trouble de l’action. Bien entendu, les premiers problè mes, soulevé s par l’é tude des paralysies hysté riques, ne se pré sentent pas ici: on ne peut songer à un trouble des muscles, des nerfs ou de la moelle, et nous savons d’avance que tous les ré flexes sont intacts. C’est que le trouble porte d’une maniè re plus systé matique sur des actions pré cises, dé terminé es par la conception de leur but, par la perception de leurs circonstances. L’impuissance est moins vague, moins gé né rale; il s’agit rarement d’un trouble portant sur les mouvements de la jambe ou du bras, c’est un trouble portant sur une marche particuliè re, sur une signature d’une lettre spé ciale: le caractè re psychologique est tout de suite é vident.



  

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